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BUSINESS

Le Cameroun, on le sait, a de graves problèmes d’approvisionnement en énergies, qu’elles soient hydrolique, ou électrique. Ces dernières dix années, les ménages et les entreprises, principaux consommateurs d’énergie, ont souffert du manque de lumière, et d’eau. La cause, les délestages intempestifs auxquels ils étaient obligés de se soumettre. Il faut dire qu’à l’époque, la Sonel (Société Nationale d’Electricité), et la Snec (Société Nationale des Eaux du Cameroun), n’avaient rien à cirer du droit des citoyens-clients de savoir quand, où et pourquoi on devait leur  supprimer l’eau ou l’électricité pendant des mois. On se retrouvait donc à avoir des quartiers complètement écartés du réseau de distribution d’électricité et/ou d’eau, pendant des semaines, parfois, des mois.

L’affaire qui avait fini par agacer, fait partie des raisons pour lesquelles le Président de la République ait décidé de privatiser les deux sociétés, objectif, les rendre à la fois plus compétitives et plus proches de leurs clients. Très rapidement, les promesses et les nouvelles résolutions furent lancées. Electicité pour tous d’ici à 2015, approvisionnement en eau sur toute l’étendue du territoire nationale d’ici à la même échéance. Mais rapidement aussi, les réalités revinrent, comme un boomerang. La privatisation tant ventée comme solution salvatrice, n’avait pas réussi à endiguer la crise d’énergie dont souffrait les foyers. En plus des quartiers, villes ou villages privés d’électricité et d’eau, la capitale elle-même était entrée dans la danse et son taux de privation en énergie frôlait les 50%.Photo_Enregie_renouvellable

Pour faire face à la situation, les populations durent, chacune à son niveau, trouver une solution de fortune. Acheter de grands réservoirs d’eau, creuser des forages, acheter des batteries pour alimenter le domicile en énergie électrique, etc.

Du solaire pour les villages

Ici au salon International de l’Artisanat, un artisan camerounais a décidé de s’attaquer au phénomène de carence d’énergie électrique, plus principalement dans les régions. Dans une valise similaire aux valises de voyage, il a disposé un circuit électique, et des boîtiers dont lui-seul connaît l’utilité. Il explique qu’il s’agit d’un kit de stockage d’énergie. Cette énergie, qui est captée par une plaque en verre de la taille d’un Ipad.

Selon Fontem, ce dispositif fournirait suffisamment d’électricité pour alimenter un ordinateur portable, pour recharger un téléphone portable ou pour alimenter tout appareil portable. Ce qui, dans son village de Bamessing dans la région du Nord-Ouest, est déjà une révolution. Mais il va loin, car les problèmes des régions ne se limitent pas uniquement aux recharges de téléphones portables, sutout que là bas, on ne trouve pas beaucoup d’ordinateurs portables. Grâce à des procédés issus de la technologie apprise à l’école, il a créé des mécanismes d’approvisionnement des domiciles en énergie électrique, via le solaire. Mais là, il faut être dans une zone où les rayons pourront être facilement captés, comme le Nord, l’Extrême-Nord et l’Adamaoua. Pour les régions de l’Ouest, il aurait créé des moyens de création d’énergie à partir des petits barrages hydroliques, « parce que dans les régions de l’Ouest, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, il y a beaucoup de rivières, et surtout, il y pleut beaucoup ». De l’ingéniosité, en somme, au service des couches abandonnées à trouver elles-mêmes les moyens de s’approvisionner en énergie électrique.

Mais le hic, c’est le prix. 150 000 FCFA pour le kit solaire générateur de stockage d’électricité pour recharge d’appareils portables, et jusqu’à 250 000 FCFA pour un kit personnalisé pouvant fournir une maison entière en énergie électrique, qu’elle soit issue du solaire, ou de l’énergie hydrolique. Ce qui est encore loin de la bourse du camerounais moyen, même si l’expert en énergies renouvellables local assure qu’à long terme, l’investissement est largement en deça du coût de l’électricité achetée auprès de Aes Sonel.

Mais avant d’acheter le kit électrique, le client va soumettre son domicile à un check Up complèt, question pour le technicien de savoir quels sont les besoins en électricité de la maison, et quelle puissance pourrait suffir pour alimenter la maison, même en période de forte consommation.

Tabous

L’idée est donc fort encourageable. Mais les tabous sont nombreux au Cameroun. L’approvisionnement en énergie électrique via un fournisseur indépendant reste encore étranger pour le camerounais moyen. Des personnes rencontrées nous ont avoué préférer les installations de Aes Sonel. Comme si la tradition avait aveuglé les consommateurs, pourtant très souvent privés d’énergie électrique.

En plus, beaucoup s’interrogent sur la sécurité autour des installations comme celles-là. Sont-elles sûres, s’il y a un problème, le fournisseur sera-t-il en même de quitter Bamenda, où se trouve le siège de son entreprise, pour venir à Yaoundé résoudre un problème grave, ou une simple panne ? En combien de temps pourra-t-il se rendre disponible pour cette fin ? Qu’adviendra-t-il si à la suite d’un court circuit, une flamme jaillit et incendie la maison ? Quelle en sera la procédure à suivre.

Bref, ici, le phénomène énergie renouvellable est juste considérée comme une nouveauté qui intéresse, mais dont les consommateurs ne sont pas encore prêts à adopter. Ils viennent, s’informent, se font une idée, et promettent de revenir, même s’ils savent qu’ils ne reviendront plus.

C’est comme ça au Cameroun. On préfère le diable qu’on connaît, à l’ange qu’on ignore.

Frégist TCHOUTA


 

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